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Michael Wall
Sommes-nous seuls dans l’univers ?
Extrait gratuit · environ 4 minutes de lecture
Introduction Wow!
Deux jours après la mort d’Elvis Presley, l’astronome Jerry Ehman, assis à la table de sa cuisine, scrutait un enchevêtrement de chiffres et de lettres sur des sorties papier. Ce n’était pas pour l’aider à surmonter la mort prématurée du King ; c’était tout simplement son travail. Enfin, presque. Ehman s’était porté volontaire pour rechercher des modèles intéressants dans ce fatras de données qui avaient été collectées par le radiotélescope, connu sous le pseudonyme Big Ear (littéralement « grande oreille »), de l’université d’État de l’Ohio.
Quelque chose attire son attention sur une bande verticale : le signal 6EQUJ5. C’était tellement surprenant qu’il entoura la partie correspondante avec son stylo rouge sur la sortie papier et écrivit dans la marge « Wow!1 » dans une belle écriture cursive. Que ce moment emblématique ait été immortalisé d’une aussi belle manière est une chose formidable — et je me dis que l’histoire aurait été différente si le commentaire avait été griffonné par ma mère.
Le code 6EQUJ5 décrivait un signal radio qui était arrivé trois jours auparavant, le 15 août 1977. Ehman a remarqué que le signal Wow! était fort, qu’il couvrait une gamme étroite de longueurs d’onde et durait 72 secondes — c’est ce que l’on s’attendait à recevoir d’une source provenant de l’espace profond. (Cela correspondait au laps de temps durant lequel Big Ear pouvait observer une cible cosmique très éloignée, avant que la rotation de la Terre ne fasse apparaître une autre parcelle de ciel.) Toutes ces caractéristiques étaient compatibles avec la transmission d’une civilisation extraterrestre.
Mais il y avait plus encore. La fréquence du signal Wow! était de 1 420 mégahertz à l’intérieur du « point d’eau », la mince fenêtre de spectre que de nombreux astronomes avaient prédit qu’E.T., l’extraterrestre, utiliserait pour nous contacter. Le terme « point d’eau » (ou « trou d’eau ») provient de sa position entre les fréquences des atomes d’hydrogène (H) et des molécules d’hydroxyle (OH) qui forment l’eau. C’est aussi une sorte de trait d’humour, car le point d’eau, à l’instar des fontaines à eau de bureau, devrait concentrer les conversations. (Si vous êtes un fan de documentaires sur la nature, le trou d’eau peut aussi évoquer des gnous se faisant dévorer par des crocodiles embusqués dans des étendues d’eau boueuses, ce qui est une représentation valable si E.T. a des intentions malveillantes.)
Ce signal était très intrigant, mais les astronomes avaient besoin de plus d’informations avant d’avancer quoi que ce soit de définitif à son sujet. Pour commencer, il aurait fallu pouvoir l’observer encore une fois. Ehman et ses collègues ont essayé de le faire à maintes reprises avec Big Ear. Mais rien. D’autres astronomes s’y sont également attelés en utilisant d’autres télescopes, mais toujours rien. Le silence. Les chercheurs ont poursuivi cette quête au fil des décennies, mais personne n’a eu de chance. Le signal Wow! était un cas unique, un cri singulier dans le noir.
Alors, qu’est-ce que c’était ? Un événement naturel étrange et isolé ? Des interférences terrestres se faisant passer pour un signal provenant de l’espace profond ? Ou l’espoir, en dépit de tout, d’un salut amical d’E.T. traversant les profondeurs sombres et glaciales de l’espace ?
Ehman ne pense pas que cela puisse être établi un jour. « Je suis frustré de ne pas pouvoir tirer d’autres conclusions que celles que j’ai déjà faites », a-t-il déclaré.
Bien que le signal Wow! reste une licorne cosmique, beaucoup de choses ont changé depuis sa détection il y a quatre décennies. À l’époque, les seules planètes que les astronomes connaissaient gravitaient autour du Soleil. Les scientifiques pensaient généralement que la vie était limitée à une gamme étroite de températures, de pressions et de pH. Mais nous savons maintenant que l’univers abrite plus de planètes que d’étoiles et qu’un grand nombre de ces mondes extraterrestres ressemblent probablement beaucoup au nôtre. Et même si nous n’avons pas encore trouvé notre jumeau extraterrestre, cela ne signifie pas nécessairement que nous sommes seuls dans l’univers. Les microbiologistes ont découvert qu’un grand nombre de petits organismes de notre planète sont incroyablement résistants et peuvent vivre dans des conditions extrêmes, par exemple, dans des cheminées hydrothermales sous-marines, des glaces de l’Antarctique ou de l’Arctique, des gisements pétroliers, des sources sulfureuses et bouillantes ou des eaux saturées en sel capables de dissoudre les pattes d’un flamant rose. Les possibilités d’habitat pour la vie sont presque infinies.
Longtemps confinée à la science-fiction, la recherche d’E.T. est désormais un sujet qui fait la une des journaux du monde entier. Les scientifiques s’y intéressent de très près et cela va s’intensifier car une nouvelle génération de télescopes puissants, tant au sol que dans l’espace, est sur le point de voir le jour. L’excitation et l’optimisme règnent.
« Le plus surprenant serait que nous ne trouvions rien », a déclaré Lisa Kaltenegger, professeure agrégée d’astronomie et directrice de l’institut Carl-Sagan à l’université Cornell, qui se concentre principalement sur la recherche de biosignatures dans l’atmosphère des mondes extraterrestres — généralement considérées comme des preuves de présence de vie —, tels que des micro-organismes.
Ehman est tout aussi optimiste à propos des aliens intelligents : « Je suis convaincu qu’il y a probablement des millions ou des milliards de civilisations extraterrestres, si nous incluons toutes les galaxies de l’univers. »
