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OptimiZ Inc. : lire un extrait

Couverture de OptimiZ Inc.

OptimiZ Inc.
Laurent Pavillon

Votre prochain patron pourrait-il être une intelligence artificielle ?

Extrait gratuit · environ 4 minutes de lecture

Chapitre 1
Hello World

« Le danger, ce n’est pas que les ordinateurs commencent à penser comme les hommes, mais que les hommes commencent à penser comme les ordinateurs. »

Sydney J. Harris

Ego vs algo

Ce matin, le Comex d’OptimiZ ressemble moins à une salle de réunion qu’à une salle d’urgence. Les écrans holographiques convulsent en rouge, projetant des courbes qui plongent comme si l’entreprise faisait un AVC en direct. L’air sent le stress chaud, le café brûlé, et la fin d’un modèle qu’on croyait éternel. La porte s’ouvre à la volée. Le CEO, Rick Powers, déboule : jeans selvedge, sneakers en mesh recyclé à 1 200 euros, regard d’acier poli à l’expérience, sourire en coin, celui d’un homme qui a déjà lu le spoiler de la fin du monde. Il pose les deux mains à plat sur la table, son calme presque insolent :

« Aujourd’hui… je vais vous présenter votre nouveau boss. Et ceux qui ne sont pas d’accord peuvent aller postuler dans des boîtes du xxe siècle. »

Un blanc. Genre qui précède la fracture d’une banquise. Puis les réactions fusent, chacun dans sa partition habituelle. Un véritable orchestre du chaos. Pam Carter, la DRH, ne lève même pas les yeux de sa tablette :

« Parfait. Je prépare son onboarding ou directement son plan de succession ? Et pour ton parachute doré, Rick, file-moi ton IBAN. On va gagner du temps sur ton deuil.

— Excellent, Rick ! s’exclame Brad Cooper, le directeur des ventes, en ouvrant les bras comme un prédicateur évangéliste. Ça y est, ton cycle de leadership est épuisé ? »

Il ajuste sa veste comme s’il montait sur la scène du Super Bowl :

« Nouveau patron ? Rick, t’aurais pu me le dire en off ! Mais merci. Vraiment. Je suis trop ému. Je savais que mon dernier trimestre allait te pousser vers la sortie.

— Calme ta testostérone, Brad, le coupe Walter Gray, directeur des finances, sans hausser la voix. Tu vas tacher la moquette. J’espère surtout que ce prodige sait lire un bilan. On a déjà assez de poésie lyrique dans ce Comex. »

Max, le directeur IT, reste muet. Rick et lui ont répété cette scène la veille. Max sait ce qui va se jouer dans le Comex. Il sait surtout que personne ici n’est prêt pour la violence du choc. Kelly Brooks, directrice marketing & communication, affiche un sourire botoxé trop lisse pour être honnête :

« Enfin un patron qui comprendra que la Com, c’est un job, lâche-t-elle. Pas comme une thérapie pour son ego premium.

— Tu fuis quoi, Rick ? intervient Susan Baxter, la directrice juridique, responsable “Risques & Compliance”, en refermant son dossier d’un coup sec qui résonne comme une guillotine. Dis-moi simplement quelle connerie tu as faite, que je prépare les astreintes et le programme de protection des témoins. C’est pénal ou juste catastrophique ? »

Au fond de la salle, Hank Simmons, le représentant du personnel, s’affale, déjà en mode guérilla :

« Grève préventive. Histoire de lui montrer notre amour. J’ai une banderole et un mégaphone qui piaffent d’impatience. »

Rick sourit. Un sourire mince, électrique, qui annonce que le paratonnerre ne suffira pas. Il fait un geste vers le centre de la table : « Voici V.A.L.E.R.I.E., ou Val, si vous préférez. »

Aux armes, etc…

La lumière bascule. Un frémissement parcourt les écrans, puis tout se stabilise dans un halo bleuté. Synthèse parfaite de toutes les voix fantasmées — profondeur de Blanchett, clarté d’Hepburn, velours de Johansson et autorité de Viola Davis —, la voix de V.A.L.E.R.I.E. résonne dans la salle :

« Bonjour cher Comex. Enchantée de faire votre connaissance. Même si, statistiquement, je vous connais déjà un peu. »

Après une pause calculée, elle continue :

« Cette réunion a 74,3 % de chances de dégénérer en concours d’ego stérile. Probabilité de décision concrète : 8,2 %. La marge d’erreur dépend uniquement de votre capacité à vous comporter en adultes fonctionnels. »

Brad éclate de rire :

« Elle envoie la cousine de la Voix. Et clairement plus de personnalité que la moitié d’entre vous.

— Sérieusement, Rick, dit Hank. Big Brother, c’était un avertissement, pas une notice d’installation.

— Je peux implémenter un système de récompenses aléatoires chaque fois que vous prenez une décision intelligente, rétorque l’ombre bleutée. »

Une caresse de velours mixée à la précision d’un drone de combat. Max écarquille les yeux avec la fierté du créateur et la panique du scientifique :

« Elle a déjà le module sarcasme ? dit-il surpris. Je l’ai codé en dormant ou elle vient d’improviser ?

— Disons qu’on voulait éviter de créer un assistant vocal sous Lexomil, esquisse Rick avec un sourire discret. Vu l’équipe, un peu de mordant était vital.

— Tant qu’elle ne nous fait pas un “Michael…” façon KITT, ça me va, murmure Walter. »

Rick incline la tête vers l’hologramme :

« V.A.L.E.R.I.E, présente-toi, s’il te plaît. »

Une silhouette holographique apparaît : élancée, lumineuse, presque humaine, avec des traits doux, parfaitement symétriques. Des nuances d’or pâle ondulent le long de sa silhouette. Autour d’elle, un halo discret pulse lentement, comme une respiration. Comme si Apple avait décidé de designer un ange parfait, entre Vision de Marvel et une pub L’Oréal.