POSSÉDER. Pourquoi nous voulons toujours plus que ce que nous avons
Bruce Hood

Qu’est-ce qui nous pousse à vouloir toujours plus ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à nous satisfaire de ce que nous avons ? Est-ce quelque chose de spécifiquement humain ? Est-ce inné ou culturel ? Et que pouvons-nous y faire ?

228 pages
EAN 13 : 978-2-36405-196-6
22 €

Bruce Hood, chercheur multiprimé pour ses travaux en psychologie comportementale, analyse la notion de propriété et ses fondements à travers le temps. Il explore les tréfonds de notre cerveau et nous révèle pourquoi le concept de propriété est inscrit dans notre biologie et comment il dicte notre comportement. Il explique notamment les raisons qui nous poussent à acquérir des biens et à les défendre ; ce qui nourrit la croyance que nos possessions nous définissent et permettent d’obtenir l’approbation des autres ; pourquoi, dans une relation amoureuse, nous voulons souvent posséder l’autre ; pour quelle raison notre mère est plus susceptible de nous donner de l’argent que notre père ; pourquoi la quête du bonheur coûte que coûte, encouragée par les gourous du développement personnel, nous conduit à consommer toujours plus… S’appuyant sur les dernières découvertes en neurosciences et en sciences comportementales, cet ouvrage de référence fournit toutes les clés pour mieux comprendre et contrôler notre besoin de posséder.

Docteur en psychologie, Bruce Hood est spécialisé dans les neurosciences cognitives du développement. Ses principaux domaines de recherche portent sur les processus cognitifs et les influences environnementales et biologiques sur le développement de l’esprit et du cerveau. Il est actuellement professeur à l’université de Bristol, où il mène des recherches à l’école de psychologie expérimentale et enseigne les modules de psychologie du développement.


Extrait — Le pied, le barbecue et la folie de la propriété

Bruce Hood, professeur de psychologie à l’université de Bristol, spécialiste des neurosciences cognitives, explore dans Posséder une question en apparence simple : pourquoi voulons-nous toujours plus que ce que nous avons ? La réponse, ancrée dans la biologie et la psychologie comportementale, est vertigineuse.

En 2007, lors d’une vente aux enchères en Caroline du Nord, Shannon Whisnant acheta un barbecue pour quelques dollars. Lorsqu’il l’ouvrit, il fit une découverte macabre : un pied gauche humain. La police enquêta et retrouva le propriétaire du pied — un homme bien vivant, du nom de John Wood, qui avait fait amputer son membre après un accident d’avion et avait demandé à l’hôpital de le lui conserver, avant de le perdre dans un déménagement. Lorsque John revint réclamer son pied, Shannon protesta : il en était le propriétaire légitime. Les deux hommes se retrouvèrent devant un tribunal. Le juge rendit sa décision : le pied serait restitué à John, mais Shannon recevrait 5 000 dollars en compensation, car il avait une revendication légitime de propriété sur le membre amputé d’autrui.

Cette histoire n’est pas une curiosité. Elle révèle quelque chose de fondamental sur la nature humaine. Quoi de plus évident, en apparence, que la propriété de son propre corps ? Et pourtant, le simple fait de toucher le corps d’une autre personne, sans parler d’en revendiquer la propriété, n’est pas acceptable pour la plupart des gens. Ce cas extrême illustre à quel point nos intuitions sur la propriété sont à la fois profondes et instables, irrationnelles et gouvernantes.

Car qu’est-ce que la propriété, au fond ? Le philosophe Jeremy Bentham l’avait compris dès le XVIIIe siècle : « Il n’y a point d’image, point de peinture, point de traits visibles qui puissent exprimer ce rapport qui constitue la propriété. C’est qu’il n’est pas matériel, mais métaphysique ; il appartient tout entier à la conception de l’esprit. » La propriété n’existe pas dans la nature. C’est une construction mentale — l’une des plus puissantes jamais élaborée par notre espèce.

Et pourtant, cette construction nous gouverne entièrement. Elle décide de ce que nous faisons, où nous allons, qui nous sommes. En 1859, les 450 passagers du navire Royal Charter, revenant des mines d’or australiennes, se sont noyés au large du Pays de Galles parce qu’ils refusaient d’abandonner l’or qu’ils portaient sur eux, si près du rivage. La perspective de la mort n’a pas suffi à desserrer leur emprise sur ce qu’ils possédaient. Des études en économie comportementale montrent que nous valorisons en moyenne le double de leur prix réel les choses qui nous appartiennent — non pas pour des raisons rationnelles, mais parce qu’elles sont devenues une extension de notre identité. Nous ne possédons pas nos biens. Nos biens nous possèdent.

Bruce Hood montre que ce mécanisme est universel, biologique, et qu’il commence dès l’enfance : 90 % des disputes entre enfants de dix-huit à trente mois portent sur la possession de jouets. Il est partagé par tout le règne animal, mais seuls les humains en ont fait un concept, un système juridique, une civilisation. Et un problème. Car cette pulsion, aussi forte que la faim ou le désir sexuel, ne nous rend pas heureux. La méta-analyse la plus récente portant sur 250 études indépendantes est formelle : aucune relation positive n’a jamais été trouvée entre la possession et le bien-être. Aucune. Nous courons après ce qui ne peut pas nous combler.

« Nous sommes possédés par l’envie de posséder. »

Bruce Hood, Posséder — Pourquoi nous voulons toujours plus que ce que nous avons, FYP éditions.


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