Les masques tombent.  Le réel, arme secrète de la démocratie

Charles Rojzman

Un livre essentiel pour ceux qui veulent comprendre ce qui nous arrive, refusent de fuir, de se résigner, et croient encore à la possibilité d’un commun.

224 pages, broché
23,90 €

On croyait vivre dans des sociétés éclairées. Mais un effondrement silencieux s’installe, nourri par la lâcheté des élites et l’emprise d’une nouvelle morale. Elle ne brutalise pas, elle culpabilise. Elle ne contraint pas, elle neutralise. Elle ne débat pas, elle disqualifie. Le réel, trop complexe, trop humain, devient l’ennemi. L’échange contradictoire s’est éteint. Le doute est devenu suspect, le désaccord intolérable. L’antiracisme devient une idéologie de la séparation, l’antifascisme une machine à censurer, l’antisionisme un masque ancien. Cette négation du réel est le terreau sur lequel prospèrent les idéologies totalitaires. Mais à force de fuir toute confrontation, toute mise en tension des idées, les masques de la vertu et des idéologues tombent…
Charles Rojzman nous invite à rouvrir l’espace interdit de la confrontation, non comme affrontement stérile, mais comme condition du lien, du langage, du commun. Car sans conflit, il n’y a ni pensée, ni dialogue, ni véritable vie démocratique. L’auteur ne parle pas depuis une tour d’ivoire : il vient du terrain, des marges, des failles. Il a vu de près ce que beaucoup refusent de regarder. Pour lui, le conflit, assumé lucidement, est peut-être ce qui peut encore nous sauver.

Philosophe et essayiste, Charles Rojzman est un pionnier dans le domaine de la prévention de la violence sociale et l’éducation à la démocratie. Il est l’inventeur de la « thérapie sociale », une approche novatrice qui vise à guérir les blessures sociales et à restaurer la solidarité au sein des communautés en proie aux divisions. Il a créé l’Institut Charles Rojzman, une organisation devenue une référence dans la formation des acteurs sociaux, thérapeutes, enseignants et responsables politiques. Son engagement pour une société plus harmonieuse s’étend bien au-delà de la France et touche des territoires où les tensions sociales et politiques sont particulièrement vives. Il est l’auteur de treize ouvrages et chroniqueur pour plusieurs magazines et médias en ligne.
 


Extrait — La mécanique des masques : quand les combats justes deviennent des instruments de haine

Charles Rojzman, pionnier de la « thérapie sociale », livre un diagnostic sans concession sur notre époque : les idéaux se sont retournés contre eux-mêmes, les combats légitimes sont devenus des masques, et derrière la revendication de pureté morale ressurgit la vieille mécanique totalitaire.

Nous vivons une époque électrique, une ère où les masques tombent avec fracas, dévoilant les visages jusque-là dissimulés derrière le vernis de la bienséance et du mensonge. Les vérités que l’on croyait ensevelies sous des décennies de discours policés et de silences convenus émergent à la lumière, parfois sous des formes inattendues, brutales, dérangeantes.

L’antisémitisme, loin d’avoir disparu sous le poids des leçons de l’histoire, s’exhibe désormais sans vergogne. Il se pare des atours trompeurs de l’antisionisme, séduisant ceux qui, par confort intellectuel ou par lâcheté, refusent de voir la continuité d’une haine ancienne sous son masque contemporain. Cette métamorphose insidieuse trouve un écho inquiétant dans des discours qui, sous prétexte de critique politique, réhabilitent les vieux réflexes du rejet et de la stigmatisation.

L’antiracisme, hier combat noble et légitime, s’égare aujourd’hui dans les méandres d’un nouveau dogmatisme. Transformé en une idéologie sectaire, il engendre paradoxalement un racisme inversé, dissimulé sous le vocable pudique de « racialisme ». Il ne s’agit plus de combattre les discriminations, mais d’imposer une lecture du monde binaire, manichéenne, où l’individu est réduit à son appartenance ethnique et où la culpabilité collective devient un axiome incontournable.

L’antifascisme, quant à lui, s’est laissé pervertir par ceux qui, au nom de la lutte contre l’oppression, reproduisent les méthodes mêmes qu’ils prétendent dénoncer. Orwell l’avait anticipé, Pasolini l’avait prophétisé : à force de vouloir traquer le fascisme partout, certains finissent par en incarner les traits les plus sombres. La censure, l’intimidation, la violence légitimée au nom du « bien » : autant de dérives qui rappellent que l’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, mais une spirale où les mêmes mécanismes ressurgissent, parfois sous des oripeaux différents.

Il y a un malentendu fondamental : ce n’est pas le conflit qui nous menace, c’est son absence. Une société qui ne sait plus débattre, qui rejette la confrontation des idées et la complexité du réel, est une société malade. Le conflit est un moteur d’intelligence, un espace où naissent la pensée, le renouveau, la transformation. C’est lorsque le conflit est étouffé qu’il dégénère en violence.

Contrairement aux régimes autoritaires du passé, qui imposaient leur joug par la force, les nouveaux totalitarismes avancent masqués. Ils se prétendent souvent moraux, progressistes ou protecteurs. Ils agissent au nom d’une cause — religieuse, idéologique, identitaire ou sécuritaire — et s’infiltrent partout : dans la pensée, dans le langage, dans les espaces de discussion et même dans l’intimité des consciences.

Cette obsession maladive de l’irréprochable n’est pas la marque d’un progrès, mais le symptôme d’une régression mentale. Elle trahit une angoisse de l’altérité, un refus de l’ambiguïté, une panique devant l’humain tel qu’il est : faillible, conflictuel, parfois injuste, mais toujours perfectible. Elle nie l’expérience tragique de l’histoire pour lui substituer un récit binaire, infantile, où l’on serait sommés de choisir entre le camp du Bien et celui du Mal, comme dans une mauvaise fable. Cette infantilisation est la matrice du totalitarisme moderne : elle appelle une autorité morale absolue, qui nous dirait qui croire, quoi penser, qui haïr.

Il faut sortir de ce climat de peur où l’on ne parle plus, où l’on s’autocensure, où l’on redoute les meutes numériques prêtes à dévorer le moindre mot dissident. Il faut avoir le courage de déplaire, de choquer parfois, de rire même — ce rire que les moralistes détestent, car il fissure leur façade de vertu. Il faut réapprendre à penser à haute voix, à douter en public, à s’opposer sans être accusé de trahison. Non par provocation, mais par amour du vrai, du juste, du libre.

Nous sommes des êtres incomplets, fragiles, contradictoires. Et tant mieux. Car c’est cette incomplétude qui nous relie les uns aux autres, qui nous pousse à chercher, à comprendre, à aimer. Refuser cette imperfection, c’est refuser l’humanité elle-même. C’est vouloir transformer les hommes en machines bien-pensantes, en clones idéologiques incapables d’empathie véritable.

Il n’y a pas de pureté sans violence. Il n’y a pas de liberté sans imperfection. Il n’y a pas d’humanité sans contradictions.

Et face à ceux qui rêvent de purification, opposons fièrement notre humanité blessée — mais debout.

Charles Rojzman, Les masques tombent, FYP éditions.


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