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Les nouveaux virus de la pensée : lire un extrait

Couverture de Les nouveaux virus de la pensée

Les nouveaux virus de la pensée
Gad Saad

Comment certaines idées peuvent-elles empêcher de penser librement ?

Extrait gratuit · environ 5 minutes de lecture

Introduction

Lorsque nous pensons à une pandémie, l’image qui nous vient souvent à l’esprit est la peste noire, la grippe espagnole, le sida ou la Covid-19, des maladies infectieuses mortelles qui se propagent rapidement à travers le monde et causent des souffrances humaines inimaginable. L’Occident souffre actuellement d’un autre genre de pandémie, une maladie collective qui détruit la capacité des individus à penser rationnellement. Contrairement aux autres épidémies, où la responsabilité revient aux agents pathogènes biologiques, le coupable à l’œuvre aujourd’hui est constitué d’un ensemble de théories fausses, nées principalement sur les campus universitaires, et qui ébranlent les fondements même de la raison, de la liberté et de la dignité individuelle. Ce livre identifie ces éléments pathogènes, traite de leur propagation dans tous les secteurs, comme la politique, les affaires, ainsi que notre culture, et propose des moyens de nous immuniser contre leurs effets dévastateurs.

Dans le premier chapitre, je présenterai brièvement les facteurs qui m’ont amené à combattre ardemment ces idées destructrices, notamment à travers mon expérience en matière de guerre — la guerre civile libanaise (lorsque j’étais enfant) et la lutte menée (en tant que professeur au cours des vingt-cinq dernières années) contre ceux qui réfutent la pensée rationnelle — et mes idéaux, à savoir la recherche de la liberté et de la vérité. Dans le chapitre deux, j’explorerai les tensions entre la rationalité et le ressenti, entre la quête de la vérité et le désir de ménager certaines sensibilités. Je démontrerai qu’il est absurde de créer une fausse tension entre notre faculté de raisonner et nos émotions. L’être humain est à la fois un animal qui pense et qui ressent. Et c’est lorsque nous appliquons le mauvais principe à une situation donnée que survient un problème, par exemple en laissant nos émotions nous guider dans un contexte qui requiert la raison, ou vice versa. J’étaierai ce point par plusieurs exemples concrets, notamment les réactions émotionnelles hystériques qu’a suscitées l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, ou encore la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis. Dans le chapitre trois, je postulerai que la liberté d’expression, la méthode scientifique, la diversité des opinions et une éthique méritocratique ancrée dans la détermination et le respect de soi — plutôt que par l’adhésion à une idéologie de la diversité, de l’inclusion et de l’équité (DIE) — sont des éléments non négociables pour toute société pleinement éclairée. Une société juste veille à ce que ses membres bénéficient de l’égalité des chances, et non de l’égalité des résultats selon les dogmes de la DIE. Le chapitre quatre abordera plusieurs idées pathogènes opposées à la science, contraires au bon sens et aux valeurs libérales, notamment le postmodernisme1 et ses idées phares que sont la théorie du genre, le féminisme radical et l’activisme transgenre, les deux derniers étant enracinés dans une forme de biophobie, c’est-à-dire de peur irrationnelle du vivant totalement démesurée. Ces concepts pathogènes détruisent notre compréhension de la réalité, au mépris de tout bon sens, aboutissant à des affirmations telles que : l’art invisible est une forme d’art, toutes les différences entre les sexes sont dues à une construction sociale, ou encore certaines femmes auraient des pénis de dix centimètres. Le chapitre cinq, dans le prolongement d’un thème abordé au chapitre deux, examinera comment l’état d’esprit des « guerriers de la justice sociale » (Social Justice Warriors2), et autres militants radicaux de la « pensée woke » — a fleuri dans des universités qui préfèrent ménager certaines sensibilités au lieu de s’attacher à rechercher la vérité, depuis les oppressions olympics (concept qui a pour but de hiérarchiser les discriminations et de créer des concurrences entre elles et qui apparaît notamment dans les débats sur l’intersectionnalité), jusqu’au « syndrome collectif de Münchhausen » (la recherche de causes factices en prétendant les défendre dans le but d’obtenir une certaine gratification), en passant par « l’homéostasie de la victimisation » (je suis une victime, donc je suis), et l’autoflagellation sanctifiée sur l’autel du progressisme. Dans cette optique, pervertie par l’indignation et le ressentiment, le monde est devenu binaire : soit vous êtes une noble victime (même si vous devez vous en fabriquer le statut), soit un répugnant sectaire (même si vous n’en avez jamais été un). Choisissez votre camp. Le chapitre six explorera l’Ostrich Parasitic Syndrome (OPS) ou syndrome parasitaire de l’autruche (SPA), un trouble de la pensée3 qui prive les gens de leur capacité à reconnaître des vérités aussi évidentes que l’existence du soleil et « qui font l’autruche », d’où leur nom. Le négationnisme scientifique est une manifestation de ce syndrome, mais il en existe beaucoup d’autres. Les personnes qui en sont atteintes utilisent un large éventail de stratégies pour se soustraire à la réalité, y compris établir des liens de causalité invraisemblables (en établissant des corrélations de niveau six) dans lesquels d’innombrables maux sont imputés à tort au coupable favori (par exemple, « le changement climatique favorise le terrorisme »). J’examinerai comment les personnes souffrant de SPA adoptent des positions absurdes et parfois suicidaires sur des questions civilisationnelles, notamment sur les causes profondes du terrorisme mondial, les vertus de l’ouverture des frontières, la compatibilité présumée entre la charia et la Constitution des États-Unis, et le prétendu racisme du profilage (profiling4). Je ne me contenterai pas de décrire ce trouble de la pensée désordonnée sans offrir aux lecteurs les moyens de se prémunir contre ces idées pathogènes. C’est pourquoi, dans le chapitre 7, tout en les mettant en garde contre diverses formes de « fausses profondeurs5 », qui sont présentées comme des vérités, j’examinerai comment rechercher la vérité, grâce à l’élaboration minutieuse et assidue de réseaux nomologiques de preuves cumulées6.

Notes