
Extrait — La falsification médiatique
Jean Kast est journaliste et essayiste, spécialiste des questions de sécurité et des mécanismes de neutralisation du débat public. Dans La Fabrique du déni, il décortique les rouages d’un système qui invisibilise quatre réalités — l’ensauvagement, le racisme anti-blanc, l’antisémitisme musulman et le basculement démographique — à travers le silence, le mensonge par omission, l’inversion accusatoire et l’intimidation intellectuelle.
Au lendemain des assassinats de Montauban, en mars 2012, alors qu’on ne savait encore rien du mobile du crime et que les seules images disponibles montraient un homme intégralement casqué, le profil du tueur ne faisait déjà plus aucun doute pour la presse. Le Point avait dégainé le premier en suggérant « la piste néonazie ». Les télévisions avaient embrayé, évoquant un homme « de type caucasien ou européen » (M6), aux « yeux bleus sur un visage blanc » (TF1 et France 2). Les Inrocks s’étaient montrés encore plus catégoriques : « le meurtrier n’est pas un islamiste ou un banlieusard — les cibles favorites du débat public — mais une personne qui est apparemment issue d’un groupuscule néonazi ». Même assurance pour Le Monde, Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo qui, tous en chœur, avaient désigné l’extrême droite.
Dès les premières révélations sérieuses sur l’identité de l’assassin, le changement de ton fut saisissant. On se mit à parler d’un « Toulousain de 23 ans » qui « aime le foot, les scooters et les sorties en boîte » (France 3), d’un « enfant du mariage malheureux entre la France et l’Algérie » (Les Inrocks). Libération couronna ce grand retournement par une description devenue célèbre : un jeune au « visage d’ange d’une beauté sans nom ».
Mais le commentaire le plus révélateur survint le 21 mars, lorsque, sur son compte Twitter, un journaliste du Nouvel Obs s’exclama : « Putain ! Je suis dégoûté que ce ne soit pas un nazi ! » Et son collègue de lui répondre, comme un aveu pour l’ensemble de la profession : « Ça aurait été effectivement plus simple… »
Jean Kast montre que cette scène n’est pas une exception. Elle est le modèle. Elle révèle la structure profonde d’un système médiatique qui ne rend pas compte de la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’il voudrait qu’elle soit — et qui, lorsque la réalité résiste, ne rectifie pas, mais s’adapte, euphémise, renomme, jusqu’à ce que l’évidence redevienne acceptable.
C’est à l’anatomie précise de cette mécanique — ses opérateurs, ses rouages, ses victimes — que s’attache La Fabrique du déni.
Jean Kast, La Fabrique du déni — Enquête sur le négationnisme contemporain, FYP éditions, 22 €.
Commander La Fabrique du déni
Jean Kast — FYP éditions — 22 €
« Et puis, il y a ceux qui savent et qui ne s’en cachent pas. C’est moi et — je l’espère — vous aussi. » Jean Kast