

Extrait — Le lien que la biologie ne peut pas effacer
Après la naissance de sa fille, Mary Harrington découvre un phénomène biologique que la plupart des femmes ignorent — et qui remet en cause toute une idéologie.
Après la naissance de ma fille, j’ai été saisie par le besoin impérieux de veiller sur elle : un besoin charnel, aussi ancien que puissant, au point qu’on en trouve trace dans l’Ancien Testament.
La grossesse modifie en profondeur le système neurologique. Elle augmente durablement la perception des signaux émis par les nourrissons, un phénomène de « sensibilisation » qui rend les mères particulièrement attentives aux besoins des bébés. L’accord entre une mère et son nourrisson est profond et instinctif : certaines études ont montré qu’une mère peut reconnaître son propre enfant simplement en lui caressant la main.
Et ce lien mère-enfant s’exprime dans la moindre de leurs cellules. La croissance du placenta est invasive. Les cellules placentaires sont comme « des loups affamés qui attaquent les artères de la femme enceinte », afin d’accéder à son système sanguin. Et cette invasion continue après l’accouchement : l’ADN de l’enfant reste présent dans le corps de la mère, parfois pendant des années — un phénomène appelé microchimérisme fœtal et maternel.
Pendant la grossesse, mais également longtemps après, ces cellules peuvent repérer et réparer certaines lésions dans le corps maternel. Elles ont été retrouvées dans des tissus cicatriciels, et ont même permis de reconstruire un lobe entier de foie d’une femme.
Le plus bouleversant étant que cet enfant avait été avorté.
Ce phénomène peut aussi être lu comme une métaphore de l’interdépendance physiologique et affective entre une mère et son enfant. Avant même la naissance, le fœtus réagit aux stimuli physiologiques de la mère. Et l’inverse est également vrai.
Voici donc l’élément déclencheur qui a transformé la jeune femme « indépendante » que j’étais en mère totalement investie : un effacement progressif des frontières de la libre subjectivité et de l’autonomie, difficile à décrire, mais enraciné dans les transformations du corps provoquées par la grossesse. Et voici, du même coup, que cela vient troubler l’idéologie du néo-féminisme — cette doctrine qui repose sur une idée du progrès conçue comme une extension constante des libertés, y compris la volonté de se libérer de toute contrainte que le corps impose à l’expérience humaine.
Mary Harrington, Le progrès contre les femmes, FYP éditions, 2025.
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