Machinerie ou machination ? La fabrique du mythe de l’intelligence artificielle
Vivent Bouillon

« Machinerie ou machination ? nous fait comprendre la complexité et la profondeur des enjeux que soulève l’intelligence artificielle. »
224 pages
23 €

«Machinerie ou machination ? nous fait comprendre la complexité et la profondeur des enjeux que soulève l’intelligence artificielle. » « Ce livre est une invitation à un dialogue interdisciplinaire, où la philosophie, la science et la technologie se rencontrent pour éclairer les zones d’ombre de l’IA. »Luc Julia, co-créateur de Siri 

L’intelligence artificielle est partout. On nous dit qu’elle pense, qu’elle apprend, qu’elle nous dépasse. Elle serait le visage du progrès, l’aube d’un nouveau monde, la clé de notre avenir. Mais si ce que l’on appelle aujourd’hui « IA » n’était pas une révolution technologique, mais d’abord une construction idéologique ? Si son pouvoir ne résidait pas tant dans ses performances réelles que dans le discours dont elle est l’objet — et l’instrument ?

Dans ce livre foisonnant et captivant, Vincent Bouillon s’attaque à la fiction savamment construite qui entoure l’intelligence artificielle, sans pour autant nier ses apports concrets. Il montre comment un vocabulaire flatteur — intelligence, apprentissage, autonomie, cerveau — entretient une illusion, alors que derrière ces mots se cachent des techniques souvent anciennes, adossées à des infrastructures lourdes, énergivores, et fortement consommatrices de capital et de main-d’œuvre.

À travers une critique rigoureuse des discours dominants des chercheurs, start-up, laboratoires ou médias, il met en lumière les intérêts économiques, les stratégies d’influence et les choix politiques dissimulés sous une apparente neutralité technologique. Car l’IA n’est pas seulement un outil : c’est un récit qui façonne nos croyances, nos peurs, nos décisions — sans que nous en ayons toujours conscience.

Du prestige scientifique aux promesses commerciales, de l’informatique des origines à la rhétorique performative de ChatGPT, ce livre propose une lecture percutante de l’IA : non comme triomphe de l’intelligence, mais comme le symptôme de nos renoncements collectifs — politiques, techniques et culturels. Un essai lucide et salutaire pour comprendre comment une fiction technologique est devenue l’une des idéologies les plus puissantes de notre temps.

Docteur en philosophie (Paris-X), diplômé de l’École normale supérieure (ENS Cachan) et de Télécom Paris en ingénierie technologique, Vincent Bouillon est l’un des rares penseurs français à conjuguer une formation d’excellence en sciences humaines et en ingénierie avec une longue expérience de terrain dans l’univers de la Tech.

Préface du Luc Julia, co-créateur de Siri.

Docteur en philosophie (Paris X), diplômé de l’École normale supérieure (ENS Cachan), et diplômé de Telecom Paris en ingénierie technologique, Vincent Bouillon est l’un des rares penseurs français à conjuguer une formation d’excellence en sciences humaines et en ingénierie avec une longue expérience de terrain dans l’univers de la Tech.


Préface — Luc Julia, co-créateur de Siri

Dans Machinerie ou machination ?, Vincent Bouillon nous fait comprendre la complexité et la profondeur des enjeux que soulève l’intelligence artificielle. Cette technologie, aussi prometteuse que controversée, se trouve au cœur d’un débat où se mêlent espoirs, craintes, valeurs et enjeux cruciaux pour l’avenir de l’humanité.

L’intelligence artificielle, par sa polyvalence, transcende les frontières entre les « bonnes » et les « mauvaises » applications, rappelant ainsi la dualité intrinsèque à de nombreuses technologies. Vincent nous rappelle que, comme l’a démontré l’histoire, de la poudre à canon aux avions, en passant par les radars et les plastiques, une invention peut servir des desseins pacifiques aussi bien que des objectifs belliqueux.

La compréhension de l’IA reste partielle. Cet ouvrage se propose donc d’explorer les différentes facettes de l’IA, en tenant compte de ses implications philosophiques, éthiques et sociétales. Il s’inspire des recommandations de Descartes, qui préconisait de diviser les difficultés en parcelles plus faciles à gérer, et de Francis Bacon, qui enjoignait de se libérer des idoles qui obscurcissent notre jugement. En abordant l’IA comme une extension de la pensée technique, il est impératif de reconnaître les responsabilités qui accompagnent sa maîtrise et son application.

L’IA, dans sa quête de modélisation et de prédiction, se heurte à la nature parfois irrationnelle ou non rationalisable de certaines réalités, notamment dans le domaine métaphysique. Descartes lui-même, dans ses méditations sur la nature de l’existence et de la perception, nous a légué une réflexion sur la distinction entre l’observation et le jugement, soulignant la complexité de la reconnaissance et de la compréhension de ce qui nous entoure.

En tant que société, nous sommes appelés à naviguer dans ce labyrinthe de questions et de défis que pose l’IA. Ce livre invite le lecteur à une introspection collective, à embrasser la complexité de l’IA sans céder à la tentation de simplifications réductrices. Il nous rappelle que, tout comme la sagesse antique et le siècle des Lumières nous ont enseigné à questionner la nature des choses, nous devons aujourd’hui questionner la nature de l’intelligence, qu’elle soit artificielle ou humaine. Exercer notre esprit critique.

Machinerie ou machination ? est une invitation à un dialogue interdisciplinaire, où la philosophie, la science et la technologie se rencontrent pour éclairer les zones d’ombre de l’intelligence artificielle. C’est un appel à la vigilance, à l’humilité et à la responsabilité, alors que nous façonnons ensemble le futur de cette technologie qui, sans aucun doute, est en train de redéfinir les contours de notre humanité.


Commander Machinerie ou machination ?

Vincent Bouillon, préface de Luc Julia — FYP éditions


Extrait — Le Turc mécanique n’a pas disparu

En 1770, un automate vêtu à l’orientale bat Napoléon aux échecs. Il n’y a pas de machine : un maître d’échecs est caché à l’intérieur. Vincent Bouillon montre que l’intelligence artificielle repose sur la même illusion — et que les hommes dissimulés dans la boîte s’appellent désormais « travailleurs du clic ».

Le Turc mécanique fit sensation en 1770. Conçu par Wolfgang von Kempelen, cet automate vêtu à l’orientale était présenté comme une machine capable de jouer aux échecs contre n’importe quel adversaire humain. Il était même ouvert avant les parties pour dévoiler ses rouages internes, renforçant l’illusion d’un automate parfaitement autonome. Une légende raconte qu’en 1809, le Turc aurait affronté Napoléon Bonaparte. L’Empereur aurait joué un coup irrégulier, l’automate l’aurait corrigé avant de finalement remporter la partie.

Mais ce chef-d’œuvre de mécanique n’était en réalité qu’un habile canular. Derrière l’illusion se cachait un maître d’échecs bien réel, dissimulé à l’intérieur de l’appareil et manipulant les mouvements du « joueur ». Cette duperie, qui resta longtemps secrète, ne fut entièrement révélée qu’après 1854.

L’intelligence artificielle est aujourd’hui capable de remplacer intégralement notre automate : ce qui n’était qu’un artifice chez Mälzel est devenu réalité. Mais peut-être vivons-nous une nouvelle forme de fascination — celle d’une IA générale pleine de promesses. Et, bientôt, verrons-nous émerger de nouveaux maîtres du récit — figures charismatiques, experts médiatiques, idoles technologiques — capables d’orienter nos perceptions à leur tour.

Car lorsqu’on apprend à une IA en mode supervisé, on lui donne une image de chat, par exemple, et on attend la réponse du système. On corrige si cette dernière est fausse. C’est ce que l’on fait sur les captchas pour l’entraînement — c’est aussi ici que réapparaissent ce que Vincent Bouillon nomme « les travailleurs du clic ». Si un chat est présent dans une image, il faut délimiter la zone qu’il occupe. Ce mode supervisé se fait pour partie par un humain. Il faut pour cela un très grand nombre d’images analysées : quelques dizaines de milliers, dans différents environnements, sous différents angles, avec différentes espèces. Chaque image est étiquetée : chat ou autre.

C’est le même principe qu’en 1770. La machine impressionne. L’humain est dedans. Il est seulement moins bien payé.

Aux échecs, une situation tactique bien connue résume parfaitement le moment que nous traversons : le zugzwang. Il faut jouer, il faut avancer, mais chaque coup semble empirer la position. Rien n’est encore perdu, mais l’espace de manœuvre se réduit. Cette tension stratégique décrit avec justesse notre rapport contemporain à l’intelligence artificielle.

Vincent Bouillon, Machinerie ou machination ? — La fabrique du mythe de l’intelligence artificielle, préface de Luc Julia (co-créateur de Siri), FYP éditions, 2025.


Commander Machinerie ou machination ?

Vincent Bouillon, préface de Luc Julia — FYP éditions