Nos tiers-lieux. Défendre les lieux de sociabilité du quotidien
Antoine Burret

Une lecture indispensable pour tous les acteurs des tiers-lieux ou qui souhaitent le devenir !

258 pages
22 €

Nos Tiers-Lieux est une enquête rigoureuse et passionnante au cœur des tiers-lieux. Depuis les tavernes de l’Antiquité jusqu’aux hackerspaces du XXIe siècle, Antoine Burret retrace l’histoire et l’évolution du concept de tiers-lieu formulé par le sociologue Ray Oldenburg. Il l’interroge, le dissèque et le confronte à la réalité contemporaine. Qu’est-ce qui fait d’un espace un tiers-lieu ? Les tiers-lieux sont-ils devenus de simples lieux de consommation et de travail ? Comment rétablir leur fonction sociale ?
Dans un monde où la privatisation de l’espace public et la marchandisation des relations humaines sont devenues la norme, Antoine Burret révèle l’importance des lieux de sociabilité dans le tissu social et politique. Il met en lumière les enjeux commerciaux qui menacent de les dénaturer, ainsi que les tentatives institutionnelles qui cherchent à les contrôler. Il nous équipe des outils intellectuels nécessaires pour comprendre, agir et, surtout, pour revendiquer un « droit au tiers-lieu », concept novateur qui pourrait bien être la clé de la préservation de nos libertés individuelles et collectives. Antoine Burret se livre à un vibrant plaidoyer qui nous invite à prendre conscience du rôle que chacun peut jouer dans la défense des tiers-lieux et dans la construction d’une société plus démocratique.

Antoine Burret est sociologue, spécialiste des tiers-lieux. Il a publié la première thèse doctorale ainsi que le premier ouvrage en langue française dédiée à ce concept. Acteur expérimenté et expert scientifique international du domaine, il a contribué à de nombreux tiers-lieux emblématiques et à des réseaux structurants. Il intervient auprès des organisations publiques, privées et des communautés pour renforcer le rôle des tiers-lieux dans le monde.


Extrait — « Le mot tiers-lieu est une arme »

Antoine Burret est sociologue et spécialiste des tiers-lieux. Il a publié la première thèse doctorale et le premier ouvrage en langue française consacrés à ce concept. Dans Nos tiers-lieux, il retrace l’histoire du terme depuis son inventeur, le sociologue américain Ray Oldenburg, jusqu’à ses dérives contemporaines — marchandisation, récupération institutionnelle, instrumentalisation politique — et plaide pour un « droit au tiers-lieu ».

En 1976, Ray Oldenburg a quarante-quatre ans. Un matin, au volant de sa voiture dans les rues de Pensacola, en Floride, il aperçoit par la fenêtre d’une boulangerie des clients qui boivent un café ensemble. Il s’arrête. Revient le lendemain. Et le surlendemain. Il finit par y entrer — et comprend que ce lieu ne vend pas seulement des viennoiseries : c’est un point de rencontre, un espace où des voisins se retrouvent chaque matin avant d’aller travailler. Un endroit qui lui avait manqué sans qu’il s’en rende compte.

Sociologue dans une université de province, ignoré du monde académique, Oldenburg met quinze ans à transformer cette observation en concept. Il cherche d’abord les mots : les expressions anglaises « community space » ou « social space » renvoient à des théories trop complexes. Il faut créer un néologisme. Quelque chose de concis, de neutre, de maniable. Il invente alors « tiers-lieu » — un mot qui désigne le troisième espace, après le domicile et le lieu de travail, celui où l’on retrouve ses voisins sans obligation ni statut social.

Mais Oldenburg ne s’arrête pas à la description. Il construit ses mots comme des munitions rhétoriques. L’objectif est politique : faire prendre conscience aux habitants que si leur vie sociale s’est appauvrie, c’est parce que des urbanistes et des règlements de zonage ont éliminé ces lieux de leurs villes. Si des promoteurs créaient délibérément des quartiers sans lieux de rencontre pour freiner les dynamiques politiques, écrit-il, nous y verrions un acte de trahison. Est-ce moins condamnable quand c’est le résultat d’une simple négligence ?

Depuis, le mot a fait le tour du monde — et a été récupéré par tout ce qu’Oldenburg redoutait. Les chaînes de cafés s’en sont emparées comme argument marketing. Les politiques publiques l’ont instrumentalisé pour légitimer des coupes budgétaires. Les institutions l’ont vidé de sa substance en en faisant un label.

Antoine Burret démêle tout cela avec rigueur et passion. Qu’est-ce qui fait réellement d’un espace un tiers-lieu ? Pourquoi les régimes autoritaires les ont-ils toujours redoutés et cherché à les supprimer ? Comment rétablir ce que le sociologue appelle un « droit au tiers-lieu » — sans lequel la démocratie locale reste lettre morte ?

Antoine Burret, Nos tiers-lieux — Défendre les lieux de sociabilité du quotidien, FYP éditions, 22 €.


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