

Extrait — Le cerveau est déjà sexué avant la naissance
La testostérone ne se contente pas de masculiniser le corps. Elle organise le cerveau — avant même que l’enfant soit né, avant toute éducation, avant toute socialisation. C’est la thèse centrale de Carole Hooven, biologiste à Harvard, étayée par soixante ans d’expériences et par des cas humains qui rendent le débat impossible à esquiver.
Dans les années 1950, la question était tranchée : les hormones pouvaient agir sur le comportement des animaux adultes, mais le cerveau lui-même était structuré par les gènes et l’expérience vécue — pas par les hormones. Le rôle de la testostérone s’arrêtait aux organes génitaux. Le cerveau, lui, était une ardoise vierge.
C’est en 1959 que l’endocrinologue William Caldwell Young, à l’université du Kansas, publie un article qui va tout changer. Son hypothèse : si la testostérone organise le cerveau des fœtus mâles in utero — si elle structure des circuits neuronaux spécifiques avant la naissance — alors exposer un fœtus femelle à la testostérone devrait prédisposer son cerveau à répondre, des années plus tard, de manière masculine. La testostérone prénatale comme architecte. La testostérone adulte comme détonateur.
L’expérience est menée sur des cobayes femelles exposées à la testostérone in utero. Résultat : à l’âge adulte, lorsqu’on leur administre de la testostérone, elles se comportent comme des mâles. Lorsqu’on leur administre les hormones habituelles de l’œstrus, elles ne répondent pas. Leur cerveau, organisé par la testostérone fœtale, ne peut plus fonctionner comme celui d’une femelle normale. Young en conclut que la testostérone agit deux fois : une première fois avant la naissance pour configurer le cerveau, une seconde fois à l’âge adulte pour l’activer.
Mais est-ce vrai chez l’homme ? Pour le savoir, il faudrait exposer des fœtus humains femelles à la testostérone tout en veillant à ce qu’ils naissent avec l’apparence d’une fille — pour éliminer l’influence de la socialisation genrée. Cette expérience, évidemment impossible à planifier, existe pourtant. La nature l’a réalisée.
En République dominicaine, des enfants biologiquement mâles — dotés de chromosomes XY et de testicules produisant de la testostérone — sont nés avec des organes génitaux d’apparence féminine, en raison d’une mutation génétique rare. Ils ont été élevés comme des filles dans une culture aux rôles de genre particulièrement stricts : les filles cuisinent, vont chercher l’eau, restent à la maison ; les garçons travaillent aux champs, fréquentent les bars, assistent aux combats de coqs. Dès 7 ou 8 ans, les deux groupes ne se mélangent plus.
À la puberté, quelque chose d’inattendu se produit. Le pénis se développe. Les testicules descendent. Et, surtout : la plupart de ces enfants élevés comme des filles commencent à s’identifier comme des garçons — spontanément, sans intervention médicale, contre toute pression sociale. Les villageois les appellent les güevedoces : « testicules à douze ans ».
Lors d’une enquête de la BBC en 2015, l’un d’eux, Johnny — autrefois Felicita — raconte avoir résisté depuis l’enfance à l’obligation de porter une « petite robe rouge » à l’école, préférant jouer au ballon avec les garçons. La mère d’un autre, Carla, en train de devenir Carlos à 7 ans, témoigne : « Lorsqu’elle a eu 5 ans, j’ai remarqué qu’à chaque fois qu’elle voyait un de ses amis garçons, elle voulait se battre avec lui. Ses muscles et son torse ont commencé à se développer. On pouvait voir qu’elle allait devenir un garçon. »
La conclusion de Carole Hooven est sans appel : ces enfants ont reçu in utero, au moment critique du développement cérébral, les mêmes bains de testostérone que n’importe quel fœtus mâle. Leur cerveau a été organisé en conséquence. Des années de socialisation féminine intensive n’y ont rien changé. « La testostérone fabrique des cerveaux de garçons » — et elle le fait avant même que l’enfant ait prononcé son premier mot, joué avec son premier jouet, ou entendu le premier code de genre de sa culture.
Carole Hooven, Testostérone — Toute la vérité sur l’hormone qui nous définit et nous divise, FYP éditions.
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« Carole Hooven démontre de manière convaincante le rôle puissant qu’exerce la testostérone sur le corps et le cerveau. Un livre indispensable pour nous sortir de l’ornière idéologique sur le genre. » The Times