
Le guide des fins du monde
Bryan Walsh
Quels dangers pourraient bouleverser l’avenir de l’humanité ?
Extrait gratuit · environ 5 minutes de lecture
INTRODUCTION
Un être humain peut s’attendre à vivre, en moyenne, plus de 2 milliards de secondes, mais il n’y a que quelques rares moments dans sa vie où tout peut basculer. Ce peut être la seconde qui suit l’annonce de la pire nouvelle, ou bien l’instant où la personne attendue depuis toujours dit oui. Pour moi, ce moment a été capturé dans une photographie, le jour de la naissance de mon fils. Je suis dans la chambre d’hôpital, à gauche de mon épouse, Siobhan. J’esquisse un sourire à travers la fatigue qui s’est accumulée autour de mes yeux. Mon père se tient à droite, à côté de ma mère, alors qu’elle regarde l’objectif avec l’expression manifeste d’un pur bonheur. Elle tient dans ses bras notre premier enfant. Il s’appelle Ronan. Le crâne parsemé de cheveux blond roux, les doigts serrés dans ses poings fermés et les yeux plissés pour se protéger de la lumière, il n’a que quelques heures à peine. Ronan est maintenant parmi nous. C’est l’un des nouveaux habitants de la planète Terre et, pour nous, rien ne sera plus comme avant.
Quand je regarde cette photo aujourd’hui, je vois l’avenir qui se dessine. Mon père, qui a accompagné toute mon enfance, est non seulement mon père, mais un grand-père. Ma mère, mon premier souvenir conscient, est non seulement ma mère, mais une grand-mère. Et moi, un fils depuis trente-neuf ans, je suis non seulement un fils, mais un père ; mon épouse est désormais une mère. Nous sommes un des maillons humains d’une chaîne qui nous relie à l’avenir.
Ces liens sont aussi fragiles qu’un nouveau-né. Jusqu’à ce moment précis, je n’avais jamais vraiment pensé au futur, ce qui peut sembler paradoxal car, pendant plus de dix ans, l’avenir était mon domaine en tant que journaliste professionnel. Les premières années, j’ai travaillé comme correspondant étranger pour le magazine Time en Extrême-Orient, où j’ai assisté à la plus grande victoire sur la pauvreté que le monde ait connue, un boom économique et politique dont les conséquences se répercuteront durant des décennies. J’ai fait un reportage depuis le point zéro du SRAS, première maladie mondiale qui a émergé au XXIe siècle. Ce virus sorti de nulle part a révélé à quel point notre monde interconnecté était vulnérable à la maladie. J’ai travaillé pendant un an au Japon en tant que chef du bureau du Time à Tokyo, en rendant compte d’un pays qui vit à l’avant-garde du futur.
Après six ans passés en Asie, j’ai été muté au siège du Time, à New York, pour couvrir les questions liées au changement climatique, un sujet qui, plus que tout autre, définira les contours de notre avenir. J’ai assisté à des conférences historiques, comme le sommet de Copenhague (COP15), emblématique conférence des Nations unies sur le climat qui s’est déroulée en 2009, et je me suis aventuré sur les calottes glaciaires de l’Arctique en voie de disparition. J’ai parcouru les forêts tropicales en déclin d’Amérique du Sud et les montagnes du nord de l’Inde touchées par la sécheresse. Partout où je suis allé, l’espérance d’un futur pour l’humanité s’amenuise, fondant comme ces glaciers que j’ai vus un jour se détacher du Groenland.
Lorsque les gens apprenaient que je couvrais des sujets liés au changement climatique — excepté bien sûr les climatosceptiques —, ils me demandaient souvent si je ne trouvais pas tout cela déprimant. Ne sommes-nous pas tous condamnés après tout ? Je leur répondais que le changement climatique était d’une importance vitale parce qu’il se situe au croisement de l’économie, de la politique et de la science — tout en me permettant d’avoir de nombreux tampons exotiques dans mon passeport. Ce qui était assez juste. Le changement climatique est une chose importante et je m’estimais chanceux de pouvoir le traiter. Je pouvais lire des études et écrire des articles dans lesquels j’attirais l’attention sur le fait que notre espèce était condamnée si nous n’apportions pas de changements radicaux à notre mode de vie. Mais je n’avais jamais ressenti ce danger aussi intensément. Je ne sentais pas le poids de l’avenir, son incertitude, son importance et, comme pour mon fils nouveau-né, sa fragilité.
Mais cela venait de changer.
Dans un sondage réalisé en 2012 par Reuters, couvrant plus de vingt pays, 15 % des personnes interrogées ont prédit que la fin du monde se produirait de leur vivant. Une enquête de 2015 auprès d’Américains, de Britanniques, de Canadiens et d’Australiens a révélé que plus de 50 % d’entre eux estiment que notre mode de vie pourrait se terminer au cours des cent prochaines années, tandis qu’un quart d’entre eux considèrent que l’humanité pourrait être anéantie au cours de cette période. De plus en plus d’Américains croient que la vie était meilleure il y a cinquante ans — lorsque l’holocauste nucléaire était une menace quotidienne — qu’elle ne l’est aujourd’hui. En 2018, un groupe scientifique des Nations unies a indiqué que, pour éviter une catastrophe planétaire, le monde devait réduire les émissions de carbone dans les douze ans à venir. Pendant ce temps, le ton adopté dans les discours des politiques, tous bords confondus, est devenu apocalyptique. Et si l’on ne lit pas des articles sur la fin du monde, c’est la fiction qui nous le rappelle : The Walking Dead, The Hunger Games, Avengers: Endgame, ainsi que la moitié des nouveaux programmes sur Netflix. Plus c’est sanglant et dystopique, semble-t-il, plus nous aimons ça — tant que nous restons spectateurs et que nous ne participons pas. Nous craignons la fin des temps, mais une partie de nous semble y aspirer et estime peut-être que nous la méritons.
