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Testostérone : lire un extrait

Couverture de Testostérone

Testostérone
Carole Hooven

Quel rôle joue la testostérone dans nos corps et nos comportements ?

Extrait gratuit · environ 4 minutes de lecture

1
Introduction

Les chimpanzés

Lorsque les chimpanzés se réveillaient, il fallait se tenir prêt à récolter leurs urines sous leurs nids arboricoles, afin de pouvoir mesurer le niveau de testostérone. Au cours des huit mois passés avec les chimpanzés, tous les matins, avant l’aube, je devais donc marcher à travers la jungle pour arriver au moment propice.

Le processus de l’évolution a mis au point un système qui nous incite à commencer nos journées en profitant de la lumière (et de la chaleur) émise par le soleil. Comme tous les animaux diurnes (ceux qui sont actifs pendant la journée), nous synchronisons le cycle veille-sommeil avec la rotation de notre planète autour de son axe, qui dure vingt-quatre heures. Lorsque le soleil matinal est détecté par les cellules photoréceptrices de notre rétine, l’information est transmise à la glande pinéale, un minuscule organe en forme de pomme de pin niché au centre de notre cerveau. En réaction, la glande diminue sa production de mélatonine (l’hormone du sommeil), ce qui nous incite à nous réveiller.

C’est du moins ainsi que cela fonctionnait avant que nous, humains, ne nous habituions à la lumière artificielle. Mais comme les chimpanzés suivent encore ce cycle, je devais me hisser hors du lit alors que mon taux de mélatonine était toujours élevé. J’ai tenté de compenser cet état comateux par une dose de caféine fournie grâce au café que je préparais avec de l’eau de pluie sur un réchaud au propane.

C’est ainsi que, chaussée d’une paire de bottes en caoutchouc pour me protéger de désagréments tels que les fourmis légionnaires, des trous boueux et des serpents mambas noirs, et équipée d’une lampe de poche et d’une machette longue de 30 cm (pour ouvrir un chemin à travers les broussailles), chaque matin, je partais à la rencontre de mes assistants ougandais pour suivre les chimpanzés et prendre des notes sur leur vie et leurs activités dans la forêt de Kibale, dans l’Ouest de l’Ouganda.

Après une heure de marche, je m’installais au pied d’un des arbres où dormaient les chimpanzés dans les nids qu’ils avaient construits la nuit précédente. Je m’imprégnais de tous les détails de la transformation spectaculaire de la forêt nocturne. Le bourdonnement permanent des insectes s’effaçait peu à peu derrière la cacophonie croissante des cris des oiseaux et des singes, et les rayons de soleil qui perçaient à travers le sous-bois transformaient les gouttes de rosée en perles d’or scintillantes accrochées au feuillage vert. Assise là, j’attendais un bruissement particulier provenant d’en haut, celui des premiers frémissements du réveil des chimpanzés. C’était le signal indiquant que je devais me tenir prête.

Les chimpanzés ne sont pas très différents des humains en ce qui concerne leurs besoins matinaux : ils doivent aller aux toilettes ! Mais tandis que nous sortons du lit en titubant pour nous y rendre, les chimpanzés, eux, se contentent de pointer leur derrière par-dessus le bord de leur nid perché à environ une dizaine de mètres de hauteur. Je faisais de mon mieux pour me protéger de la pluie d’urine qui tombait à travers les feuilles, tout en m’approchant suffisamment pour pouvoir en attraper un peu. Munie d’un long bâton à l’extrémité fourchue au bout duquel j’avais attaché un sac en plastique, je parvenais à récolter un peu d’urine, contribuant ainsi aux recherches comportementales et physiologiques du Kibale Chimpanzee Project. Ce trésor d’informations permet aux scientifiques de mieux comprendre l’origine de toutes sortes de comportements. Nous nous sommes particulièrement intéressés au sexe, à l’agressivité et à la domination, qui sont tous influencés par la testostérone. Pour mesurer la testostérone chez les sujets humains, il suffit de leur demander de cracher dans un tube. Mais les chimpanzés sauvages étant moins coopératifs, nous la mesurons dans leur urine (et leurs excréments).

J’ai soigneusement transvasé le peu d’urine que j’avais réussi à récupérer dans des tubes à essai qui étaient ensuite acheminés au laboratoire d’endocrinologie de Harvard. Après avoir soulagé leurs vessies, les chimpanzés descendaient des arbres pour commencer leur journée, et notre petite équipe les suivait de près.

Une brute en action

Les chimpanzés vivent en « communautés », généralement composées d’une cinquantaine de membres. D’une certaine manière, chaque communauté ressemble à un groupe de personnes vivant dans un petit village, avec des frontières bien définies et défendues, et des relations hostiles avec les bourgades voisines. Le chimpanzé nommé Imoso était en quelque sorte le « maire », l’alpha de la communauté, appelée Kanyawara, et cette vaste forêt située près de la frontière avec la République démocratique du Congo en comptait de nombreuses. Imoso était colérique et despotique, un chef plus craint qu’apprécié. Chaque jour, les chimpanzés de la communauté se rassemblaient en « petites bandes » et passaient la journée ensemble. Je suivais de près l’une d’elles. Lorsqu’Imoso s’y trouvait, je pouvais m’attendre à des grognements, des cris, des hurlements, des menaces, des gifles, des jets de bâtons et des coups de poing sur la poitrine. Et si vous ajoutiez à ce petit groupe une femelle en chaleur, vous étiez sûr d’envenimer les choses : beaucoup de sexe et encore plus d’agressivité, car les mâles se disputent le droit de s’accoupler.