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Bullshit Corporation : lire un extrait

Couverture de Bullshit Corporation

Bullshit Corporation
Paul Tomassieu

Comment survivre aux absurdités du monde du travail ?

Extrait gratuit · environ 4 minutes de lecture

Prologue

1 Qu’est-ce que le bullshit ?

Très en vogue dans les livres de management, le terme « bullshit » a d’abord été popularisé en 2013 à propos du phénomène des bullshit jobs, une diatribe à propos du travail devenue rapidement virale. Depuis, de nombreux experts ont tenté d’analyser le phénomène du bullshit d’entreprise. Le neuroscientifique Sebastian Dieguez a même atteint le sommet en consacrant un bouquin de 360 pages sur le bullshit1. Selon l’auteur, on a recours au bullshit quand on doit faire passer quelque chose d’impopulaire, d’illégal, de stupide ou d’inintéressant. Autant dire que c’est monnaie courante en entreprise. Nous verrons au fil de la lecture de ce livre que le bullshit, force d’une puissance incalculable, est récursif et, pour le dire de manière ironique, prend des trajectoires parallèlement orthogonales. Pour comprendre comment le bullshit pénètre l’entreprise et analyser ses effets, j’ai confronté les théories professées dans la littérature managériale à la réalité du terrain. J’ai pu constater que les règles tacites, tout aussi importantes que celles issues des règlements officiels, ne sont pourtant que rarement abordées dans les ouvrages traitant du monde professionnel.

Les règles « non écrites » sont à l’origine de la majorité du bullshit d’entreprise. Utilisé par les meilleurs baratineurs, le bullshit devient magique et permet de faire le grand écart entre les règles officielles (imposées), et ces règles tacites (souhaitées). Ces dernières sont universelles, car elles trouvent leurs causes racines dans la psyché humaine. Elles ne sont pas strictement nécessaires au fonctionnement de l’entreprise, mais essentielles pour satisfaire les besoins des êtres humains qu’elle emploie. Vous découvrirez dans cet ouvrage de nombreuses références à des études psychologiques. Elles vous aideront à comprendre l’origine des règles implicites et à prendre le recul nécessaire pour mieux appréhender les agissements de votre entourage professionnel — cela vous permettra également de briller à la machine à café ou lors d’un repas de famille avec tante Christine.

N’espérez pas trouver dans cet ouvrage des conseils pour gravir les échelons jusqu’au sommet, ce n’est pas son objet. De toute façon, en France, si vous n’êtes pas issu d’une grande école ad hoc (Polytechnique, Télécom Paris, les Mines, HEC), vos chances d’y parvenir sont très minces. À titre d’exemple, j’ai travaillé pour une entreprise dans laquelle près de 50 % du top management était constitué d’anciens polytechniciens. Guy Desaunay, docteur en sociologie et ancien professeur à HEC, a même utilisé le terme de « mafias des grandes écoles2 ». On peut se demander si le fait d’être issu de ces établissements est un gage de capacités exceptionnelles, qui destinent à exercer de grandes responsabilités, ou un simple prérequis. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : si vous n’en faites pas partie, vos perspectives d’évolution resteront limitées.

Dans un environnement professionnel aux exigences toujours plus fortes, ce livre pourra en revanche vous aider à mieux vivre en entreprise, à être plus efficient pour un effort identique, et surtout à créer des cercles vertueux autour de vous, un facteur de réussite et de bien-être trop souvent sous-estimé. Je me suis fixé comme règle de parler des vrais problèmes et de proposer des stratagèmes testés et éprouvés sur le terrain.

2 Les personnages du livre

Pour agrémenter la lecture, des personnages vont nous accompagner au sein de deux entreprises fictives :

— La Bullshit Corporation, dirigée par René Presspurée, une entreprise cultivant les apparences, l’autoritarisme saupoudré de luttes de pouvoirs, et gérant les problèmes par la recherche de coupables.

— Les industries Çavamieu, dirigées par le docteur Çavamieu, cultivent à peu près tout l’inverse : la réussite par le mérite, le leadership par l’exemple et l’acceptation de l’erreur.

Faisons maintenant connaissance avec ces personnages fictifs qui interviendront ponctuellement dans ce livre. Représentatifs des profils emblématiques d’une entreprise, ils sont, comme nous, des êtres imparfaits et faillibles.

• Les managers

— René Presspurée : petit chef à tendance tortionnaire qui dirige la Bullshit Corporation. Il cultive la forme ultime du bullshit dans son organisation (personnage dont les traits rappellent ceux de monsieur Burns dans la série Les Simpsons).

— Docteur Çavamieu : manager de grande qualité qui dirige les industries Çavamieu. Toujours de bon conseil, le docteur Çavamieu a l’esprit d’analyse.

— Supercontrol Freak : manager type de la Bullshit Corporation. Obsédé par le micromanagement, il multiplie les réunions improductives. Incapable d’aller au fond des problèmes, il est très attaché au formalisme. Par son haut niveau d’exigence en termes de reporting (superproduction de paperasse et d’indicateurs), il transforme sous son autorité n’importe quel leader en gestionnaire de stock d’oignons.

• Les employés

— Alphonse Danlpano : l’individualiste auquel il faut tout expliquer. L’air hébété, il fait toujours mine de découvrir qu’il n’a pas fait son travail — « Ah bon ? ». Son excuse préférée, dont le seul but est qu’il n’en fiche pas une rame, est de prétendre ne pas savoir ce que l’on attend de lui. C’est un GBFO (Grouillot de Base de Fond d’Organigramme). Vous pouvez compter sur lui pour apprendre toutes les astuces permettant de profiter du système ou des bons plans du comité social et économique (CSE) de l’entreprise.

Notes